Une œuvre qui invite à réparer le monde

Une œuvre qui invite à réparer le monde

Une œuvre qui invite à réparer le monde

« Les six lanternes » est un récit poétique et initiatique en dix-huit chapitres, chacun centré sur un espace symbolique – puits, atelier, forge, bibliothèque – et un principe éthique. À travers un monde imaginaire inspiré du désert et des Mille et Une Nuits, six extraordinaires personnages (enfants, jeunes adultes et adultes) interrogent les fondements d’une cité juste, douce et durable. L’ouvrage mêle philosophie accessible, allégorie civique et narration sensible. Chaque chapitre peut se lire comme une fable contemporaine, un outil de réflexion ou une scène de théâtre intérieur. Le style, concis et lyrique, privilégie les dialogues chargés de sens et les descriptions symboliques. Le livre s’adresse aux adolescents et aux adultes, aux éducateurs, aux rêveurs et à tous ceux qui croient que la beauté de l’âme peut précéder le changement. …

Découvrez-en davantage sur l’histoire et ce qui l’a inspiré à écrire ce roman poétique moderne.

Les six Lanternes

Je suis très heureux de vous présenter ce soir Les Six Lanternes. C’est un livre qui, au fond, part d’une question simple, presque enfantine et qui devient, page après page, une question d’adulte : qu’est-ce qui nous éclaire ?

Ce livre occupe une place très particulière dans mon parcours, parce qu’il n’est pas né d’un projet littéraire froidement construit, ni d’un plan établi dès le départ. Il est né dans l’intimité d’une vie, dans le mouvement d’une famille, dans ce que l’existence nous donne de plus précieux : les naissances, les liens, les présences, les transmissions.

J’ai commencé l’écriture de Les Six Lanternes à la naissance de mon premier enfant. La venue d’un enfant transforme profondément le regard que l’on porte sur le monde. On ne pense plus seulement pour soi. On commence à se demander ce que l’on va transmettre, ce que l’on va laisser, ce que l’on va pouvoir offrir comme lumière à ceux qui viennent après nous. Puis, au fil des années, les chapitres se sont ajoutés. Non pas mécaniquement, mais au rythme de la vie familiale, au fur et à mesure des nouvelles arrivées dans la famille, des événements, des maturations, des joies, des inquiétudes, des découvertes. Ce livre s’est donc écrit sur une longue durée. Vingt-quatre années pendant lesquelles les personnages ont grandi avec les miens, avec mes propres interrogations de père, d’époux, de fils et de frère. Les personnages de ce récit sont ainsi inspirés, de manière libre et symbolique, des personnalités de mon épouse, de mes enfants, de mes frères et sœurs, ainsi que de mes parents. Il ne s’agit pas de portraits réalistes, ni de biographies déguisées. Ce sont plutôt des éclats, des traits, des sensibilités, des tempéraments, des forces intérieures que j’ai transposés dans l’univers du conte. Chacun d’eux porte une manière d’aimer, de douter, de résister, de consoler, de comprendre ou d’éclairer.

J’ai longtemps cherché la bonne forme pour ce texte. Devait-il être un roman classique ? Un conte ? Un récit philosophique ? Un texte spirituel ? Et puis je me suis rendu compte que Les Six Lanternes voulait avancer comme une marche intérieure. C’est un récit qui n’explique pas tout, mais qui met en mouvement. Il laisse travailler le lecteur. Il lui fait parfois sentir qu’il est lui-même un personnage en train de suivre un chemin.

À cet endroit, mes inspirations se sont imposées naturellement.

Il y a d’abord Attar Fariduddin, poète persan au XIIème siècle, avec Le Cantique des oiseaux. Non pas pour l’intrigue, mais pour la dynamique. Celui d’un chemin, une traversée, une communauté d’êtres qui avancent avec leurs peurs, leurs illusions, leurs contradictions, et qui découvrent, au bout du compte, que la quête les a transformés davantage que la réponse elle-même. Chez Attar, on part chercher un roi, un sens ultime, et l’on finit par se rencontrer soi-même, autrement. Cette idée-là — la quête comme miroir de soi — m’accompagne depuis longtemps.

Il y a ensuite l’esprit de Rûmî, mystique soufi du XIIème siècle. Cette manière de dire des pensées immenses avec des images simples, presque quotidiennes. Rûmî n’assène pas, il attire. Il ne donne pas une leçon, il ouvre une porte. Il vous dit : viens, même si tu es brisé. Et j’aime profondément cette hospitalité du texte, cette façon de ne pas trier les lecteurs entre les “savants” et les “non-sachants”, mais de parler à la part sensible qui existe en chacun d’entre nous.

Les Six Lanternes, c’est donc un dispositif de lumière. Six lanternes, comme six foyers d’attention, six façons de tenir debout, six expériences de l’épreuve. Je ne vais pas tout dévoiler, parce que le livre tient aussi à ses silences, à ses respirations, à ce qu’il laisse deviner. Mais je peux dire que chaque lanterne n’est pas un simple objet décoratif. C’est une éthique. Une manière de regarder le monde et de se regarder soi-même.

Ce qui m’importait, c’était de retrouver une tradition du récit qui ne soit pas seulement divertissement, mais chemin. Dans Le Cantique des oiseaux, les oiseaux parlent, se disputent, se justifient, reculent, puis avancent. Et l’on se reconnaît en eux. De la même façon, dans Les Six Lanternes, j’ai voulu que chaque lecteur puisse se dire : « ce passage me concerne ». Non pas parce que les personnages lui ressemblent socialement ou biographiquement, mais parce que les émotions qu’ils traversent — la peur, l’élan, la perte, l’amour, le désir de sens — sont universelles.

Et peut-être que cette universalité vient justement de ce point de départ très intime qu’est la famille. Car la famille, quand on la regarde en profondeur, n’est jamais seulement une affaire privée. Elle est le premier lieu où l’on apprend la lumière et l’ombre, la parole et le silence, la fidélité et la séparation, la protection et la liberté. Elle est le premier monde. Et parfois, toute une œuvre naît de ce premier monde.

Vous verrez aussi que le livre joue avec une forme de simplicité apparente, des scènes lisibles, des images claires que seul le conte offre. Enfin, si je devais résumer Les Six Lanternes en une phrase, ce serait celle-ci :

Ce livre n’est pas là pour vous dire où aller, mais pour vous aider à marcher même quand il fait nuit.

Merci à vous. Je serai très heureux d’échanger avec vous sur le chemin, sur les symboles, sur la famille, sur les inspirations du livre, et sur ce que chaque lanterne aura peut-être réveillé ou apaisé en vous.

Nourdine Saad’Allah

Enseignant d’histoire & Auteur